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 Le Mont – Aimé

A une époque où le goût des voyages et celui de l’histoire locale se répandent de plus en plus, où chaque contrée cherche à attirer les visiteurs vers les sites remarquables qu’elle possède, vers les ruines et vestiges qu’elle peut offrir à leur curiosité,  le Mont-Aimé, situé  à une altitude de 240 mètres, est un des points culminants  remarquables de la Marne, témoin des temps les plus reculés, il se détache des coteaux, couverts de précieux vignobles, de la « Montagne de Vertus » point stratégique de défense dès l’Antiquité et servait de siège à un ancien oppidum.

Aujourd’hui que son prodigieux donjon et ses tours sont tombés, qu’il ne reste plus que les assises de sa ceinture de remparts, il ressemble, à distance, à un vieux lion couché, affaissé par les ans mais toujours majestueux, qui sait son rôle fini, qui vit ses souvenirs.

Le Mont-Aimé est visible de très loin et sa haute silhouette semble appeler le touriste à lui faire une visite.

Ce mont représente une superficie de 150 hectares : la plate -forme occupe à peine 12 hectares. Le versant ouest était jadis occupé par une carrière de calcaire et l’autre versant est occupé par le vignoble depuis plus de 400 ans.

Au sommet du Mont, une vue imprenable sur la Côte des Blancs

Au sommet du Mont, une vue imprenable sur la Côte des Blancs

Visites dans l’Histoire

Les objets trouvés au cours des nombreuses fouilles effectuées sont les témoins assez probants de la présence des Romains sur le Mont-Aimé, d’autant plus volontiers qu’une voie romaine coupait la rivière de Bergères, la Berle, à 5 kilomètres du Mont.

Plus près de nous, les importants vestiges d’un autre âge, qu’on y voyait avant 1210, date de la construction de la forteresse féodale sur le Mont, n’étaient pas seulement une ville-forte par ce qu’on en voyait extérieurement : les ouvrages souterrains étaient considérables. Il n’est personne, parmi les habitants de Bergères qui n’ait entendu raconter à la veillée par ses grands-pères, les légendes de Mont-Aimé ; la ville souterraine tient une large place dans ces récits, dont la Cave de la Reine Blanche, mais les générations actuelles n’ont pu retrouver ces prétendues caves. Si quelques parties de souterrains sont accessibles, l’entrée des autres est ignorée, à notre grand désappointement, car tous les renseignements s’accordent à établir l’existence d’habitations souterraines. Les souterrains connus de Mont-Aimé ont assurément servi de prison. En témoigne la découverte dans un « caveau » d’un squelette enchaîné qui tomba en poussière dès qu’on le toucha. Sur les murs, étaient des peintures représentant des instruments de torture…

C’est Blanche de Navarre, mère de Thibaut IV, futur Comte de Champagne, qui avait fait reconstruire, à partir de 1210, le château-fort du Mont-Aimé. C’est dans cette même forteresse, en 1239, le 13 mai, qu’eu lieu l’exécution par le feu de 183 Manichéens convaincus d’hérésie.

Au cours des siècles qui suivirent, le Mont-Aimé fut le théâtre de nombreux sièges lors des nombreux conflits, qu’ils fussent d’origine religieuse, économique ou stratégique. La forteresse, construite deux siècles auparavant fut démantelée par les Anglais en 1427, qui ne délogèrent que le 14 juillet 1429, quand Jeanne d’Arc fit son entrée à Châlons avec Charles VII. Mont-Aimé va mener désormais une vie tranquille de montagne retirée des affaires.

La démolition demeura inachevée et ce qui restait de la tour se voyait encore en 1802.

Pendant la campagne de France, le Mont-Aimé fut à nouveau le théâtre d’évènements considérables : En 1814, Napoléon, après des succès inouïs, vit se liguer contre lui toutes les puissances de l’Europe. Russes et Autrichiens, Prussiens et Anglais envahissent la France de toutes parts. Napoléon avait porté son Quartier Général à Châlons. Napoléon remporte les fameuses victoires de Champaubert, de Montmirail et de Vauchamps en Février de cette même année. Mais les Alliés gagnent Paris, la déchéance de l’Empereur est proclamée et il fut relégué à l’île d’Elbe.

Avant de quitter la France, en 1815, les souverains des armées alliées voulurent faire parade de leurs forces et donner une idée de la bonne tenue de leurs troupes. Cette grande revue décidée à Paris, et de concert avec Louis XVIII qui s’était placé sous la protection d’Alexandre de Russie, avait surtout pour but de faire éclater la puissance russe, et de donner un avertissement à l’Europe qui menaçait la France d’un démembrement.

1815: Le Tsar observe ses 300 000 soldats manœuvrer dans la plaine.

Trois cents hommes furent réquisitionnés dans les communes voisines pour niveler la plate-forme du Mont-Aimé. A la fin d’août, on acheva les travaux d’installation du camp qui s’étendait au pied du mont. Pas moins de 300 000 hommes, soldats et officiers de tous grades, armés de 500 pièces de canon, ont été rassemblés pour cette immense parade. Ce 10 septembre 1815, à 2 heures de l’après-midi, un signal fut donné, 300 000 voix crièrent « stourras », à un signal, 300 000 fusils firent chacun six charges dans l’espace de 17 minutes. Ensuite, les 500 canons firent plusieurs fois entendre leur terrible voix, bouquet final de cette grande fête militaire.

La revue de 1815, dernier épisode de l’histoire de notre Mont, en nécessitant le nivellement d’une partie du plateau, a fait disparaître les derniers vestiges de l’ancienne ville, et n’a laissé subsister que les parties souterraines…

Par sa situation, le Mont Aimé servit aussi de poste télégraphique  à signaux, après l’adoption du système de Claude Chappe par la Convention.

Le Mont Aimé a servi de point de repère à Cassini et à l’Etat-Major qui a dressé la grande carte de France au 1/80.000ème.

Les environs du Mont-Aimé portent des noms suggestifs, vestige du passé mouvementé des lieux: la Bastille, la Potence ou le Gibet, aujourd’hui plantés de vignobles.

Mont-Aimé semble désormais promis à des activités plus pacifiques. Les habitants de Bergères, qui, de tout temps, ont éprouvé une certaine fierté d’un tel voisinage, ont fondé, en mai 1966, l’Association des Amis du Mont-Aimé qui a obtenu, en juillet 1973, l’inscription du site à l’inventaire supplémentaire des Monuments et Sites Historiques.

Le Mont-Aimé ne nous a toujours pas révélé tous ses secrets. Fut-il pendant plusieurs siècles la cité du catharisme en Occident ? Une ville souterraine se cache-t-elle encore sous son sommet ? Nul ne sait… Seules des fouilles sérieuses pourraient nous apporter des réponses…Aujourd’hui, le site offre toujours une vue aussi imprenable sur tous le vignoble de la Côte des Blancs. Le site est balisé, et la forêt invite à la promenade. Les lieux sont encore fortement imprégnés par l’histoire millénaire du Mont.Les nombreux vestiges qui parsèment le site en font un terrain de jeux magique pour les plus jeunes. Les anciennes « oubliettes » et l’histoire de la mystique « Dame Blanche » produisent toujours leur effet, et l’espace d’une promenade au cœur de la forêt, il n’est pas rare de croiser de jeunes Chevaliers prêt à défendre Papa et Maman !

vue mont aimé et côte des blancs

Vue du Mont-Aimé, depuis le vignoble.

Pour aller plus loin, et pour les passionné(e)s d’Histoire, nous vous recommandons la lecture de la 1ère et de la 2ème édition de l’ouvrage d’Odile Francois – « Le Mont-Aimé »

 

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